En septembre 2024, l’IFC annonce un prêt de 100 millions d’euros à OCP pour un projet qui change le rapport du groupe à l’eau : alimenter le bassin minier de Khouribga depuis la côte atlantique. Le groupe de phosphates cherche à sécuriser sa production dans un pays soumis à une forte pression sur la ressource. Son choix consiste à dessaler l’eau de mer à Jorf Lasfar, puis à l’acheminer vers l’intérieur du Maroc. [source]
Ce déplacement a une logique industrielle simple. Lorsque l’alimentation d’une activité dépend d’une ressource rare que d’autres utilisent aussi, développer une autre source peut rendre sa production moins vulnérable. Pour les habitants et les agriculteurs, l’intérêt est différent : l’eau que l’industrie ne prélève plus pourrait rester disponible pour leurs propres besoins. Le même tuyau porte ainsi deux promesses, qui ne se réalisent pas nécessairement au même moment.
La mine d’abord, la ville ensuite
Le 14 juillet 2025, OCP Green Water annonce la mise en service de la liaison Jorf Lasfar–Khouribga. Son communiqué décrit un ouvrage de plus de 200 kilomètres et d’une capacité annuelle de 80 millions de mètres cubes. Il précise aussi un élément essentiel pour la ville : son alimentation en eau potable doit intervenir dans une deuxième phase. La mise en service industrielle ne signifie donc pas que tous les robinets de Khouribga reçoivent déjà cette eau. [source]
Comprendre en images
Du pipeline à l’eau reçue
Deux dates établissent le passage du projet à l’ouvrage. La capacité ne mesure pas encore le service rendu à chaque destination.
Financement annoncé
100 M€ de prêt annoncé par IFC ; 219 km dans cette annonce. Ce n’est pas un décaissement complet constaté. IFC — 13 septembre 2024.
Inauguration rapportée
203 km dans la communication sur l’ouvrage ; exploitation annoncée. L’Économiste — 17 juillet 2025 ; IFA — page non datée.
Destination à distinguer
Industrie
Volume effectivement reçu, continuité et coût : non établis dans ce dossier.
Destination à distinguer
Agriculture
Volume effectivement reçu, continuité et coût : non établis dans ce dossier.
Destination à distinguer
Ville
Volume effectivement reçu, continuité et coût : non établis dans ce dossier.
Trois jours plus tard, L’Économiste rapporte les propos d’Ahmed Znibar, directeur général d’OCP Green Water. Il présente une répartition future de la capacité : 50 millions de mètres cubes pour les besoins industriels, 20 millions pour l’agriculture et 10 millions pour l’eau potable de la ville. Ce sont les destinations annoncées par le responsable du projet, sans bilan des volumes effectivement reçus par chacun. [source]
Ces destinations comptent davantage, pour les personnes concernées, que la longueur du pipeline. Une famille bénéficie du changement si le réseau lui fournit une eau utilisable avec davantage de régularité. Pour une exploitation agricole, il faut que l’eau soit accessible au moment où la culture en a besoin, à un coût supportable. Une capacité de transport, même importante, ne suffit à établir ni l’un ni l’autre.

Ce que le changement libère réellement
Le mécanisme peut fonctionner de deux façons : livrer directement une nouvelle eau aux usages urbains et agricoles, ou remplacer l’eau auparavant consommée par l’industrie afin de la rendre disponible ailleurs. L’IFC présentait ce second effet comme un objectif du financement. Il reste distinct du volume maximal que la conduite peut transporter. [source]
Le dessalement et l’acheminement ont également leurs contraintes d’énergie, de fonctionnement et d’entretien. La continuité du service et son coût final dépendent de toute cette chaîne. OCP a franchi une étape industrielle réelle. Pour Khouribga, la portée de cette réalisation se joue désormais dans l’eau reçue, dans les ressources effectivement libérées et dans la régularité avec laquelle elles deviennent disponibles.